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Le granit de Combloux

Il y a 70 000 ans commence la dernière glaciation dite de « Würm ». Pendant son maximum entre 28 et 26 000 ans, toutes les vallées alpines sont occupées par les glaces issues des hauts massifs. Tous les glaciers du Mont-Blanc se réunissent par écoulement pour former le grand glacier de l’Arve qui remplit totalement sa vallée. Le glacier occupe alors le bassin de Sallanches, il transporte en abondance des blocs de granite depuis le cœur du Massif du Mont-Blanc. Le glacier de l’Arve se retire et dépose les moraines du Fayet , de Domancy, de Combloux, Cordon… ((Sylvain Coutterand : Association « l’observatoire des glaciers, laboratoire EDYTEM CNRS »).

Le village de Combloux fut essentiellement peuplé de paysans jusqu’à une date assez récente ; La terre est vitale, chaque lopin est hersé, labouré, « fouané », …. Les parcelles jonchées de ces monstrueux blocs de granite ne peuvent pas être cultivées : à l’époque les terres incultes sont considérées comme « un manque à manger » ! ! !

Jusqu’au milieu du 19° siècle, le granite est utilisé uniquement dans les murs de fondation des maisons, au même titre que les autres pierres. Les paysans n’ont ni l’outillage, ni la technique pour transformer ces blocs de plusieurs tonnes en bassins ou meules….par contre eux maîtrisent le travail du bois. Après l’incendie de Sallanches en 1840, et celui de Cluses vers 1844, Charles Albert roi de Sardaigne, Prince de Piémont, Duc de Savoie, favorisa la venue des piémontais. Après la reconstruction de ces deux villes, certains piémontais achètent dans un premier temps des blocs de granite aux paysans. Ces maîtres carriers feront venir à leur tour d’autres ouvriers de leur pays. Les conditions de travail sont très difficiles. Le matériel utilisé est archaïque. Les tailleurs de pierre travaillent 6 jours à 6 j ½ par semaine, avec une moyenne de 10 heures par jour, selon la météo. Avant la première guerre leur hébergement est précaire, l’hiver les graniteurs qui ne retournent pas chez eux, logent chez les paysans où ils bénéficient des repas quotidiens, et reçoivent le tabac. En contre partie le Combloran (l’hébergeur) lui fait travailler une grosse pierre située à proximité de sa maison. Et c’est à partir de cette période que le bassin en granite a remplacé le « bachal » (bassin en bois), l’auge à cochon, le linteau de porte ou de fenêtre en bois, …..

De nombreux ouvrages sont réalisés en granite de Combloux.
- Sur la commune, en complément des réalisations domestiques, différentes commandes sont passées aux maîtres carriers : La mairie en 1905, le palace du début du siècle en 1912, le portail de l’église en 1925, le monument aux morts, la croix du cimetière et différentes croix de hameaux.

- Dans le département de la Haute-Savoie : la grenette et les trottoirs de Sallanches, les thermes à Saint-Gervais, les colonnes de l’église du Plateau d’Assy, la boule de Sévrier, le monument aux morts de Morette….

- En France : une meule pour la Banque de France à Paris, les trottoirs de Lyon, différentes pierres de réception pour les barrages de Genissiat, Pizancon, ….

- A l’étranger : des meules exportées en Tunisie et Algérie pour broyer les olives, des meules à papier pour la Belgique.

Entre les deux guerres, il est très difficile de faire venir de la main d’œuvre étrangère. Les exploitants de granite ont l’obligation de demander l’autorisation au ministère du travail, au Service de la main d’œuvre étrangère, voire même au sénateur à Paris.

Après la seconde guerre, les nouveaux matériaux arrivent, facilitant la construction.
Petit à petit, les graniteurs se sont reconvertis vers des métiers moins pénibles.

Liens vers sites :
http://www.glaciers-climat.com/les-blocs-erratiques-de-combloux.html
http://www.geologie-montblanc.fr/